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Natures d'Ariège 2009 Festival photos - dessins Nature des Pyrénées La Bastide-de-Sérou, 25 - 30 août 2009 Les expositions : |
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La photographie à l'Assaut des Pyrénées -
Santiago Menditea
« Premiers
regards sur les Pyrénées»
La photographie a été inventée en France en
1839. Au gré de ses perfectionnements, des opérateurs talentueux, peu connus
du grand public, inventent un regard sur la chaîne pyrénéenne qui est alors,
jusqu’à la fin du XIXe siècle, peu explorée et peu cartographiée. S’il est
bien un domaine peu connu du grand public où les Pyrénées font jeu égal avec
le prestigieux massif alpin, c’est bien celui de l’exploration et de la
photographie. Les images ici proposées sont pour la plupart inédites.
Jusqu’au premier tiers du XIXe siècle, les
Pyrénées n’offrent à ceux qui veulent les connaître ou les conquérir que « la
tentation du mystère ». Nombre d’aventuriers ou d’explorateurs tentent
d’en identifier les contours et les méandres qui ne figurent sur aucune
carte, sauf de manière imparfaite. La montagne, territoire vierge dont on
ignore tout, objet de fascination et de répulsion, fait encore peur. Cette
quête de l’inconnu, plus tardive que dans les Alpes, coïncide, à quelques
années près, avec l’invention française de la photographie en 1839.
Évoquer l’exploration et la connaissance de la
chaîne de montagne la plus méridionale d’Europe qui possède encore un
système glaciaire digne de ce nom, est indissociable du pyrénéisme.
Ce sentiment qui allie découverte d’un massif encore peu connu à la fin du
XVIIIe siècle et émois envers les paysages d’altitude, annonce déjà le
romantisme. Henri Béraldi, son historien autoproclamé, résume ainsi cet état
d’esprit : « L’idéal du pyrénéisme est de savoir à la fois ascensionner,
sentir et écrire. »
Le pyrénéisme se distingue de l’alpinisme par
une vision charnelle, métaphysique du massif pyrénéen, mais aussi littéraire
en vue de se l’approprier quasi physiquement, à l’image du comte Henry
Russell. Celui-ci pousse l’audace ou la folie jusqu’à louer la montagne du
Vignemale par une concession afin d’en avoir la jouissance. De 1881 à 1893,
le « fou du Vignemale » fait d’abord percer dans la roche des grottes afin
de pouvoir séjourner en altitude. Russell invente la notion de refuge en
altitude à l’abri des tempêtes qui s’y déchaînent parfois, du froid et des
intempéries, mais aussi celle de camp de base en vue d’attaquer les autres
cimes sans avoir à redescendre dans la vallée. Ici, l’excentricité rejoint
le talent à l’état pur, l’épique.
Le pyrénéisme de la découverte naît avec la
science, et la connaissance avec des figures comme Ramond de Carbonnières,
le botaniste Auguste Pyramus de Candolle et plus tard Franz Schrader,
Édouard Wallon, le comte de Saint-Saud et l’équipe de la Pléiade chargée de
cartographier la chaîne… Puis la performance et l’escalade font une entrée
en force avec le pyrénéisme de la difficulté avec Roger de Monts et Henri
Brulle. Il y a tant de voies auxquelles se confronter, de parois inviolées,
de premières ascensions à réaliser.
Curieusement, le pyrénéisme photographique
a jusqu’ici été le parent pauvre du pyrénéisme, cantonné à jouer les
faire-valoir, à illustrer la glorieuse conquête de la chaîne à travers
textes et comptes rendus d’ascensions, sans égard pour sa dimension humaine
et artistique.
Photographier en montagne est en soi, à ce
moment-là, une entreprise ponctuée de mille difficultés et d’aléas, digne
d’un récit épique de Jules Verne. Dans les prémices de l’invention de la
photographie, avec le procédé au collodion humide, emporter en altitude
plusieurs centaines de kilos de matériel à l’aide de porteurs et de guides,
exige, en plus de l’endurance et des moyens financiers, un savoir-faire
technique hors du commun et des connaissances en chimie particulièrement
pointues. Outre la volumineuse chambre photographique, les opérateurs
doivent également embarquer un laboratoire ambulant avec fioles de produits
chimiques, bassines et bacs, mais aussi une chambre noire afin d’y réaliser
les opérations de sensibilisation. Au total, 150 à 200 kilos de matériel !
On enduisait la plaque grand format à l’aide d’un mélange visqueux et
malodorant de collodion et d’iodure de potassium, on la trempait ensuite
dans un bain d’argent, puis on la plaçait encore humide sur un châssis, d’où
l’appellation « collodion humide ». On ressortait à la lumière du dehors
effectuer la pose puis on revenait dans le noir du labo afin de développer
et fixer l’aléatoire cliché. Une seule image pouvait ainsi accaparer
l’opérateur et ses assistants de 15 à 40 minutes si l’on compte
manipulations, prise de vue, développement et fixage !
Les obstacles techniques et climatiques
étaient également redoutables : températures extrêmes, lumière insuffisante
ou excessive réfléchie par les glaciers, contrastes entre zones d’ombres,
zones de rochers et zones blanches surexposées (neige, glace), réactions
chimiques intempestives… Sans compter la nature accidentée du terrain, ses
dangers et ses pièges, le poids du matériel, l’altitude qui dérègle et
fatigue les organismes…
Avec l’invention des plaques au
gélatino-bromure, produite industriellement dès 1878, et la mise au point
d’appareils à main plus légers et moins encombrants, les voyageurs
itinérants et les montagnards sont délivrés de ce pesant carcan technique.
Ainsi, la plaque de verre dite sèche est au préalable sensibilisée comme sur
nos actuelles pellicules argentiques. C’est un progrès considérable. Plus
libres de leurs mouvements et dans leur pratique, les photographes peuvent
ainsi couvrir un territoire plus vaste, prévoir des expéditions plus
longues, ramener davantage de documents, tenter des positions ou des angles
de vue acrobatiques ou innovants… L’âge d’or du pyrénéisme photographique se
poursuit.
Les nouveaux excursionnistes ajoutent à leurs
multiples talents la photographie qui va agir comme révélateur de la réalité
et magnifier la montagne pyrénéenne. Ce nouvel outil, qui va compléter leur
palette, restitue le réel, peint avec la lumière, compose avec les éléments
du paysage. Grâce aux progrès de l’imprimerie, le résultat peut être ensuite
publié et diffusé auprès du plus grand nombre : albums, revues, publications
mais aussi cartes postales lorsque celles-ci auront conquis le public.
Connaissance scientifique, force du témoignage mais aussi démarche
artistique animent ces hommes qui ont pour nom Maurice Gourdon, Eugène
Trutat, Lucien Briet ou encore, plus tardivement, l’abbé Ludovic Gaurier
jusqu’en 1931…
Hormis Lucien Briet dont les clichés ont été
redécouverts tardivement, au début des années 1990, les autres sont
essentiellement connus pour leurs travaux sur la minéralogie et la
cartographie (Gourdon), sur la glaciologie (Trutat, Gaurier…) ou l’étude des
lacs (Gaurier encore). Paradoxe, leur œuvre photographique demeure en grande
partie méconnue, peu publiée, et somnole dans des archives familiales ou
privées, des collections de musées, inventoriées récemment comme les images
de Georges Ledormeur, d’Édouard Harlé ou d’Émile Rayssé. Ces pyrénéistes du
début du XXe siècle, infatigables coureurs de montagnes, manient avec le
même bonheur le crayon, la chambre photographique ou le Kodak 9x9 en bois
pour Ledormeur.
Parfois, divine surprise, ces fonds en jachère
nous révèlent un authentique talent, tombé dans l’oubli : le Tarbais Jean
Lataste, professeur de dessin, peintre, aquarelliste, amateur de théâtre et
de musique classique.
Ces « Images retrouvées », pour la
plupart rares mais aussi inédites — c’est le cas pour Jean Lataste, Georges
Ledormeur, Édouard Harlé, mais aussi pour certains clichés anciens d’Émile
Rayssé, EugèneTrutat ou Ludovic Gaurier — constituent des témoignages de
premier ordre sur la conquête du massif pyrénéen. Ou quand une technique de
reproduction du réel influence et dicte la pratique même de la montagne. Au
départ, la photographie est un moyen, un instrument pour transmettre la
connaissance ou appuyer un propos. Mue par de grands opérateurs, elle finit
par accéder au rang d’Art et devient le but de l’expédition comme chez
Maurice Meys ou Juan de Parada qui sont des professionnels travaillant à la
commande pour des revues comme L’Illustration (Meys) ou de riches
clients comme le comte Bertrand de Lassus qui fait illustrer par de Parada
ses camps d’altitude dans de magnifiques albums de famille.
Santiago Mendieta
Le
livre « La Photographie à l’assaut des
Pyrénées-Images retrouvées »
(Éditions Glénat) de Santiago Mendieta accompagne cette exposition.
Avec la collaboration de Quat’coul
(Toulouse) ; du Musée de Lourdes et de la Ville de Lourdes ; du Musée du
pays de Luchon/Académie Julien Sacaze ; du Muséum d’histoire naturelle de
Toulouse ; de Geneviève et François Lataste pour le fonds Lataste et de Mme
la baronne de Lassus pour le fonds du baron de Lassus.
Remerciements à Jacques Jolfre et Henri
Taverner. |
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© ANA, tous droits réservés, 2009 |
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