Natures d'Ariège 2009 Festival photos - dessins Nature des Pyrénées La Bastide-de-Sérou, 25 - 30  août 2009


Les expositions :





 

La photographie à l'Assaut des Pyrénées - Santiago Menditea

« Premiers regards sur les Pyrénées»

 

Une sélection de photographies de 1854 à 1920 entre France et Espagne 

La photographie a été inventée en France en 1839. Au gré de ses perfectionnements, des opérateurs talentueux, peu connus du grand public, inventent un regard sur la chaîne pyrénéenne qui est alors, jusqu’à la fin du XIXe siècle, peu explorée et peu cartographiée. S’il est bien un domaine peu connu du grand public où les Pyrénées font jeu égal avec le prestigieux massif alpin, c’est bien celui de l’exploration et de la photographie. Les images ici proposées sont pour la plupart inédites.

 

Jusqu’au premier tiers du XIXe siècle, les Pyrénées n’offrent à ceux qui veulent les connaître ou les conquérir que « la tentation du mystère ». Nombre d’aventuriers ou d’explorateurs tentent d’en identifier les contours et les méandres qui ne figurent sur aucune carte, sauf de manière imparfaite. La montagne, territoire vierge dont on ignore tout, objet de fascination et de répulsion, fait encore peur. Cette quête de l’inconnu, plus tardive que dans les Alpes, coïncide, à quelques années près, avec l’invention française de la photographie en 1839.

 

Évoquer l’exploration et la connaissance de la chaîne de montagne la plus méridionale d’Europe qui possède encore un système glaciaire digne de ce nom, est indissociable du pyrénéisme. Ce sentiment qui allie découverte d’un massif encore peu connu à la fin du XVIIIe siècle et émois envers les paysages d’altitude, annonce déjà le romantisme. Henri Béraldi, son historien autoproclamé, résume ainsi cet état d’esprit : « L’idéal du pyrénéisme est de savoir à la fois ascensionner, sentir et écrire. »

 

Le pyrénéisme se distingue de l’alpinisme par une vision charnelle, métaphysique du massif pyrénéen, mais aussi littéraire en vue de se l’approprier quasi physiquement, à l’image du comte Henry Russell. Celui-ci pousse l’audace ou la folie jusqu’à louer la montagne du Vignemale par une concession afin d’en avoir la jouissance. De 1881 à 1893, le « fou du Vignemale » fait d’abord percer dans la roche des grottes afin de pouvoir séjourner en altitude. Russell invente la notion de refuge en altitude à l’abri des tempêtes qui s’y déchaînent parfois, du froid et des intempéries, mais aussi celle de camp de base en vue d’attaquer les autres cimes sans avoir à redescendre dans la vallée. Ici, l’excentricité rejoint le talent à l’état pur, l’épique.

 

Le pyrénéisme de la découverte naît avec la science, et la connaissance avec des figures comme Ramond de Carbonnières, le botaniste Auguste Pyramus de Candolle et plus tard Franz Schrader, Édouard Wallon, le comte de Saint-Saud et l’équipe de la Pléiade chargée de cartographier la chaîne… Puis la performance et l’escalade font une entrée en force avec le pyrénéisme de la difficulté avec Roger de Monts et Henri Brulle. Il y a tant de voies auxquelles se confronter, de parois inviolées, de premières ascensions à réaliser.

 

Curieusement, le pyrénéisme photographique a jusqu’ici été le parent pauvre du pyrénéisme, cantonné à jouer les faire-valoir, à illustrer la glorieuse conquête de la chaîne à travers textes et comptes rendus d’ascensions, sans égard pour sa dimension humaine et artistique.

 

 

Photographier en montagne : une véritable performance

 

Photographier en montagne est en soi, à ce moment-là, une entreprise ponctuée de mille difficultés et d’aléas, digne d’un récit épique de Jules Verne. Dans les prémices de l’invention de la photographie, avec le procédé au collodion humide, emporter en altitude plusieurs centaines de kilos de matériel à l’aide de porteurs et de guides, exige, en plus de l’endurance et des moyens financiers, un savoir-faire technique hors du commun et des connaissances en chimie particulièrement pointues. Outre la volumineuse chambre photographique, les opérateurs doivent également embarquer un laboratoire ambulant avec fioles de produits chimiques, bassines et bacs, mais aussi une chambre noire afin d’y réaliser les opérations de sensibilisation. Au total, 150 à 200 kilos de matériel ! On enduisait la plaque grand format à l’aide d’un mélange visqueux et malodorant de collodion et d’iodure de potassium, on la trempait ensuite dans un bain d’argent, puis on la plaçait encore humide sur un châssis, d’où l’appellation « collodion humide ». On ressortait à la lumière du dehors effectuer la pose puis on revenait dans le noir du labo afin de développer et fixer l’aléatoire cliché. Une seule image pouvait ainsi accaparer l’opérateur et ses assistants de 15 à 40 minutes si l’on compte manipulations, prise de vue, développement et fixage !

 

Les obstacles techniques et climatiques étaient également redoutables : températures extrêmes, lumière insuffisante ou excessive réfléchie par les glaciers, contrastes entre zones d’ombres, zones de rochers et zones blanches surexposées (neige, glace), réactions chimiques intempestives… Sans compter la nature accidentée du terrain, ses dangers et ses pièges, le poids du matériel, l’altitude qui dérègle et fatigue les organismes…

 

Avec l’invention des plaques au gélatino-bromure, produite industriellement dès 1878, et la mise au point d’appareils à main plus légers et moins encombrants, les voyageurs itinérants et les montagnards sont délivrés de ce pesant carcan technique. Ainsi, la plaque de verre dite sèche est au préalable sensibilisée comme sur nos actuelles pellicules argentiques. C’est un progrès considérable. Plus libres de leurs mouvements et dans leur pratique, les photographes peuvent ainsi couvrir un territoire plus vaste, prévoir des expéditions plus longues, ramener davantage de documents, tenter des positions ou des angles de vue acrobatiques ou innovants… L’âge d’or du pyrénéisme photographique se poursuit.

 

Les nouveaux excursionnistes ajoutent à leurs multiples talents la photographie qui va agir comme révélateur de la réalité et magnifier la montagne pyrénéenne. Ce nouvel outil, qui va compléter leur palette, restitue le réel, peint avec la lumière, compose avec les éléments du paysage. Grâce aux progrès de l’imprimerie, le résultat peut être ensuite publié et diffusé auprès du plus grand nombre : albums, revues, publications mais aussi cartes postales lorsque celles-ci auront conquis le public. Connaissance scientifique, force du témoignage mais aussi démarche artistique animent ces hommes qui ont pour nom Maurice Gourdon, Eugène Trutat, Lucien Briet ou encore, plus tardivement, l’abbé Ludovic Gaurier jusqu’en 1931…

Hormis Lucien Briet dont les clichés ont été redécouverts tardivement, au début des années 1990, les autres sont essentiellement connus pour leurs travaux sur la minéralogie et la cartographie (Gourdon), sur la glaciologie (Trutat, Gaurier…) ou l’étude des lacs (Gaurier encore). Paradoxe, leur œuvre photographique demeure en grande partie méconnue, peu publiée, et somnole dans des archives familiales ou privées, des collections de musées, inventoriées récemment comme les images de Georges Ledormeur, d’Édouard Harlé ou d’Émile Rayssé. Ces pyrénéistes du début du XXe siècle, infatigables coureurs de montagnes, manient avec le même bonheur le crayon, la chambre photographique ou le Kodak 9x9 en bois pour Ledormeur.

 

Parfois, divine surprise, ces fonds en jachère nous révèlent un authentique talent, tombé dans l’oubli : le Tarbais Jean Lataste, professeur de dessin, peintre, aquarelliste, amateur de théâtre et de musique classique.

 

Ces « Images retrouvées », pour la plupart rares mais aussi inédites — c’est le cas pour Jean Lataste, Georges Ledormeur, Édouard Harlé, mais aussi pour certains clichés anciens d’Émile Rayssé, EugèneTrutat ou Ludovic Gaurier — constituent des témoignages de premier ordre sur la conquête du massif pyrénéen. Ou quand une technique de reproduction du réel influence et dicte la pratique même de la montagne. Au départ, la photographie est un moyen, un instrument pour transmettre la connaissance ou appuyer un propos. Mue par de grands opérateurs, elle finit par accéder au rang d’Art et devient le but de l’expédition comme chez Maurice Meys ou Juan de Parada qui sont des professionnels travaillant à la commande pour des revues comme L’Illustration (Meys) ou de riches clients comme le comte Bertrand de Lassus qui fait illustrer par de Parada ses camps d’altitude dans de magnifiques albums de famille.

 

 

Santiago Mendieta

 

 

Le livre « La Photographie à l’assaut des Pyrénées-Images retrouvées » (Éditions Glénat) de Santiago Mendieta accompagne cette exposition.

Avec la collaboration de Quat’coul (Toulouse) ; du Musée de Lourdes et de la Ville de Lourdes ; du Musée du pays de Luchon/Académie Julien Sacaze ; du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse ; de Geneviève et François Lataste pour le fonds Lataste et de Mme la baronne de Lassus pour le fonds du baron de Lassus.

Remerciements à Jacques Jolfre et Henri Taverner.

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