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Loutre, chair ou
poisson ?
Comme on le verra dans l'anthologie une question
importante à propos de la loutre aura été de savoir si on pouvait en
consommer la chair en carême. Cette ambiguïté de l'animal amphibie, «
moitié chair, moitié poisson » est évoquée par Shakespeare.
De quelques régions nous viennent des expressions
liées à la loutre : « Paresseux comme une loutre » en Haute-Garonne, «Vexé
comme une loutre» en Berry, «Gras comme une loutre » dans la province de
Liège. Loutre a longtemps été masculin, un loutre désignait un
manchon ou une casquette en peau de cet animal.
Des ceintures et des sacs en peau de loutre sont
utilisés à l'occasion de rites initiatiques, aussi bien en Afrique qu'en
Amérique du nord. Un chant mortuaire roumain évoque son rôle de conducteur
des âmes :
Car
la loutre sait
L'ordre des rivières
Et le
sens des gués
Te
fera passer sans que tu te noies
Et te
portera
Jusqu'aux froides sources
Pour
te rafraîchir
Des
frissons de mort.

Répartition et systématique
L'aire de répartition de la loutre comprend l'Europe et l'Asie
jusqu'au Japon. Elle est également présente en Afrique du nord. En
Amérique du nord elle est remplacée par une espèce très voisine, la
loutre du Canada, Lutra canadensis.
Au gré des classifications, le genre Loutre se découpe en 9, 13 ou 19
espèces; en ce qui concerne les sous-espèces, la situation est encore
plus embrouillée.
Caractéristiques
Son anatomie présente un certain nombre d'adaptations à l'activité
aquatique. Tout d'abord sa forme, qui facilite la pénétration dans
l'eau, grâce à une tête aplatie, un cou massif, une queue longue et
effilée, forte à la base. Toutes les transitions sont progressives,
les aspérités gommées: les pattes sont courtes, les oreilles petites.
En plongée, les narines et les oreilles se ferment, le cristallin se
déforme pour s'adapter à la vision aquatique. Les doigts, aux griffes
courtes, sont reliés par une membrane qui rend le mouvement des pattes
plus efficace quand la loutre nage en surface.
En plongée, les pattes sont plaquées le long du corps et la propulsion
s'effectue par des ondulations verticales de tout le corps. Le pelage
est imperméable et les poils de bourre retiennent une couche d'air qui
assure une protection thermique. A terre, en raison de ses membres
courts, elle paraît un peu pataude.

C'est dans l'élément liquide que se révèlent sa grâce et son agilité.
Le temps de plongée moyen est de 20secondes. Une durée de 50secondes
apparaît comme un maximum bien que la littérature fasse mention de
plongées de 4 minutes.
A partir de 127 spécimens, Christian Bouchardy établit la taille
moyenne à 1,05m pour les femelles et 1,24m pour les mâles et leurs
poids moyens respectifs à 7,6kg et 9kg. Certains mâles atteignent 11kg
dans la nature et jusqu'à 23kg dans la littérature cynégétique. La
loutre adulte a 36 dents. Elle peut vivre jusqu'à l'âge de 15 ans.
Sens, communication, vie sociale
Les loutres vivent solitaires. La communication sonore paraît assez
peu diversifiée et la plupart des auteurs décrivent la loutre comme un
animal plutôt silencieux. Le cri le plus fréquent est un sifflet aigu,
bref, que Robert Hainard dit ressembler au cri de l'accenteur mouchet.
Elle chuinte quand elle est effrayée ou qu'elle menace. Les petits
font entendre une sorte de gazouillis quand ils ont envie de téter
leur mère.
Le marquage du territoire se fait par le dépôt d'épreintes qui sont
imprégnées d'une substance gélatineuse, émise par les glandes anales.
Milieu de vie et territoire
La loutre est susceptible de s'établir dans tous les milieux
aquatiques, rivières, étangs, lacs, marais, où elle trouve de quoi se
nourrir. Elle a une préférence pour les eaux calmes, les rivières
assez larges, à courant lent. Elle est également présente en bord de
mer sur des sites où elle n'est pas dérangée.
Après une phase de dispersion et de vagabondage, les jeunes finissent
par trouver un territoire et par l'occuper de façon durable. L'étendue
du domaine vital a été évaluée grâce au pistage dans la neige, au
relevé des épreintes et au suivi d'animaux équipés de colliers
émetteurs, cette dernière technique apportant, en plus, des
informations sur l'activité de l'animal. Les résultats obtenus varient
en fonction des ressources du milieu, de l'âge et du sexe des animaux,
et... de la durée pendant laquelle le collier émetteur a bien voulu
fonctionner. Un territoire de 2 à 3000 hectares, dans lequel l'animal
dispose de 20 à 30kilomètres de cours d'eau donne un ordre de grandeur
du domaine de la loutre. Les mâles endurcis ont des territoires plus
étendus qui recouvrent en partie ou en totalité celui d'une ou de
plusieurs femelles. Très souvent le «propriétaire» n'exploite de façon
régulière que certains secteurs de son domaine.
Sur son territoire, la loutre utilise de nombreux sites de repos. Dans
les endroits très calmes, ce sont de simples couches à ciel ouvert,
établies dans la végétation des rives. Ailleurs, il s'agit de caches,
sous un arbre tombé, dans un roncier, un tas de branchages... La
catiche est l'endroit où l'animal se sent le plus en sécurité. Son
accès est souvent situé au-dessous du niveau de l'eau. La chambre de
repos se trouve entre les racines d'un gros arbre ou au coeur d'un
amas de roches. Elle est située au-dessus du niveau des hautes eaux et
comporte une «cheminée» d'aération et parfois une «sortie de secours»
débouchant à l'air libre. Il se dégage de la catiche une puissante
odeur de poisson pourri qui a, bien des fois, coûté la vie à son
occupant. La loutre sait creuser, mais elle utilise le plus souvent le
terrier d'un autre animal, par exemple celui du ragondin. Parfois elle
s'éloigne de la rivière pour s'installer dans un terrier de blaireau
ou de renard qu'elle peut partager avec l'occupant.

Rythme d'activité
La loutre consacre plus de la moitié de son temps au repos, qui est
pris de jour, dans une couche à ciel ouvert ou dans un terrier,
parfois dans la catiche. L'activité nocturne, qui peut être
entrecoupée de phases de repos, est consacrée aux déplacements, à la
recherche de nourriture, au marquage du territoire. Avant le départ et
après le retour, on observe une phase d'activité au gîte qui peut
durer assez longtemps±de quelques minutes à une heure. Quand la
femelle a ses petits elle revient à la catiche beaucoup plus tôt.
Régime et comportement alimentaire
La collecte des épreintes et l'étude des restes qu'elles contiennent
permettent de connaître le régime alimentaire de la loutre. Le poisson
en est l'élément essentiel. Elle exploite toutes les espèces présentes
dans le milieu mais tire la plus grande partie de sa subsistance d'une
espèce principale (ou d'un groupe d'espèces) qui constitue tout au
long de l'année la base de son alimentation. Les loutres de Bretagne
se nourrissent principalement de truites, celles du Marais Poitevin
d'anguilles.
Le gel intense, les inondations peuvent priver la loutre de ses proies
favorites. La part des proies secondaires, comme les mammifères ou les
oiseaux, augmente alors de façon sensible. Elle sait également
profiter de l'abondance des batraciens au moment de leur reproduction.
Notons au passage que la loutre dépouille les crapauds dont elle ne
consomme que les cuisses et le ventre. Les écrevisses, les baies,
telles les myrtilles, sont également appréciées.
Sur les petits cours d'eau la loutre accule ses proies dans les
cavités des berges. En eau profonde, elle attaque par en dessous,
profitant du fait que les poissons ont un champ visuel réduit vers le
bas. Ses grandes vibrisses, d'environ 20cm, favorisent le repérage des
proies en eau trouble.
Reproduction
La maturité sexuelle intervient à 2 ou 3 ans. L'âge le plus précoce
observé en captivité est de 17 mois pour les mâles et de 24mois pour
les femelles. La période de reproduction se situe à n'importe quel
moment de l'année. Au début du rut, le mâle accompagne la femelle dans
ses déplacements nocturnes. Celle-ci se montre d'abord très agressive,
chuinte et menace de le mordre quand il essaie de s'approcher. En
captivité on a observé des poursuites et des ébats aquatiques prenant
allure de jeu, qui, peu à peu, permettent à la femelle de décharger
son agressivité. Quand elle devient consentante, elle se laisse
flotter à la surface de l'eau et relève la queue en arceau. Le mâle
l'agrippe par les reins et se maintient en lui prenant le cou entre
ses mâchoires. La copulation dure de 10 à 20 minutes. La gestation est
d'environ 60 jours.
Développement des jeunes
La mise bas a le plus souvent lieu dans une catiche, plus rarement à
l'air libre. Les deux ou trois petits naissent aveugles. Ils sont
pourvus d'une fourrure grise. La mère les allaite 4 à 5 fois par jour.
A un mois les jeunes pèsent de 700 à 800g. Quand ils vont à l'eau pour
la première fois, vers l'âge de 3 mois, certains loutrons montrent une
réelle aversion pour l'élément liquide.
Structure et dynamique des populations
A la fin de la deuxième année il ne reste que 15% de la population
initiale de jeunes. La moitié meurt dans le courant de la première
année.
Situation et avenir
Au début du siècle la loutre était présente dans toute l'Europe.
Aujourd'hui, les seuls pays qui ont conservé des populations à peu
près intactes sont l'Irlande, l'Ecosse, le Portugal et l'Albanie. En
France elle était présente dans tous les départements, à l'exception
de la Corse. A partir des années trente, on observe un déclin général.
Aujourd'hui les dernières populations de loutres se trouvent sur la
façade atlantique et dans le Centre.
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Les
zones humides
Les générations
futures qui auront à restaurer les écosystèmes que nous avons
détruits disposeront avec la loutre d'un excellent indicateur de la
qualité des milieux aquatiques. Elle est exigeante en ce qui
concerne la qualité et la diversité biologique. De plus, comme tous
les prédateurs, elle est sensible aux effets d'accumulation des
pesticides tout au long de la chaîne alimentaire. Son déclin depuis
le début du siècle, témoigne de la destruction et de la pollution de
son habitat.
La conquête de zones humides jugées insalubres est déjà attestée au
Moyen Age. Au XVIIe siècle Henri IV fait appel aux Hollandais pour
l'assèchement du golfe des Pictons, le futur Marais Poitevin, et du
Marais Vernier, dans l'estuaire de la Seine. Ces travaux se
poursuivent jusqu'à notre époque, avec plus ou moins d'ampleur,
selon la situation politique.
Au début du siècle les marais étaient submergés pendant la période
hivernale. Ils jouaient un rôle de régulateurs des crues et
retenaient les éléments fertilisants apportés par les sédiments. Ils
faisaient également office de gigantesques stations d'épuration
naturelles et restituaient peu à peu une eau de qualité qui allait
nourrir les estuaires. Un importante production agricole, basée sur
l'élevage, non seulement ne nuisait pas à la faune, mais au
contraire contribuait à diversifier le milieu.
A partir des années soixante se met en place une politique de
maîtrise de l'eau, basée sur le drainage, qui encourage les
agriculteurs à s'orienter vers les cultures industrielles. Avant
1970 on drainait moins de 1000 ha par an en France. En 1982 on était
passé à 135000ha par an. Au total 2,5millions d'hectares avaient été
drainés en 1991.
Cette politique a des effets néfastes qui sont maintenant bien
connus: inondations destructrices, pollution de l'eau et des sols
par les pesticides, mise en péril, à plus ou moins long terme, des
activités conchylicoles des estuaires, atteintes à la faune et à la
flore. Le développement de l'irrigation qui partout accompagne le
drainage aboutit dans plusieurs régions à la mise à sec des cours
d'eau ruinant tout un secteur de l'économie.
Il n'est pas sans intérêt de constater que cette politique a été
mise en place après la convention qui s'est tenue à Ramsar en 1971,
par laquelle les états signataires reconnaissaient la grande valeur
des zones humides. LaFrance attendra 1982 pour apposer sa signature
et 1986 pour prendre la première mesure concrète: la désignation de
85000ha en Camargue comme zone humide française d'intérêt
international. |
ANTHOLOGIE DE LA LOUTRE
GASTON PHŒBUS
Du Loutre, et de
toute sa nature
Loutre est assez commune beste, elle mange poissons,
et demeure environ les rivières et estangs. Elle demeure dessous les
racines des arbres près des rivières. Elle mange comme une autre beste
faict les herbes seulement au printemps, et va aux poissons, comme dit
est. Elle nage par dessus les rivières, et par dessous quand il luy plaist,
et pour ce ne luy peuvent eschapper nuls poissons que ne prenne, s'ils ne
sont trop grands. Elle fait grand dommages es viviers et estangs : car une
paire de Loutres sans plus, destruiront bien de poissons un grand vivier
et estang, et pource les chasse on.
Elles vont en leur amour au temps que font les
furons, chascun qui en tient en sa maison ou en son hostel sçait. Et
portent leurs cheaux comme le furon, aucunes-fois plus ou moins. Et font
leurs cheaux es fosses dessous les racines des arbres, près des rivières.
On les chasse aux Chiens par grand maistrise, ainsi
que je dirai cy après. Et aussi les prent on es rivières, à cordelettes,
comme on fait les lièvres aux filez, aux chausse-pieds, et autres engins.
Elle a malle morsure et venimeuse : elle se deffend bien de à force des
Chiens. Et quand elle est prinse es cordes ou es filez, se on n'y est
tantost, elle les romp aux dents, et se délivre. Il n'est besoing de faire
mention d'elle ne de sa nature : car sa chasse est ce que plus vaut, fors
tant seulement qu'elle a les pieds comme une oye : car elle a peau d'un
doigt à l'autre, et na nul talon, fors qu'elle ha une boucette dessous le
pied, et appelle on les marches du Loutre, ainsi comme on appelle le pied
du Cerf, et ses fumées fiante ou espraintes. Loutre ne demeure guieres en
un lieu : car quand elle est, espouvente ou mange le poisson qui y est.
Lors va elle aucunes-fois une lieuë en amont ou en aval, querant les
poissons se elle n'est en estang.
GASTON PHOEBUS
Comment on doit prendre et chasser le Loutre
Quand le Veneur voudra chasser Loutre, il doit avoir Limiers, et doit
faire aller quatre vallets en queste, deux à mont l'eau, et les autres
deux à val l'eau, les uns d'une part de l'eau, et les autres de l'autre.
Et s'il y a Loutre au pays les uns ou les auttes en rencontreront: car
l'outre ne peut tousjours demeurer en l'eau qui ne saille hors, de la
nuit, et pour soy vider et paistre de l'herbe, ce qui fait aucunes-fois.
Et si son Chien encontre, il doit regarder s'il en pourra veoir par le
pied ou en sablon, ou en autre mol terrin pres de l'eau. Et doit regarder
ou tient la teste, ou en allant à mont et à val. Et s'il ne peut veoir par
le pied il en devroit veoir par les fientes ou esprainctes, et le doit
poursuivir de son Chien, ou le destourner ainsi qu'on faict un Cerf ou un
Sanglier. Et s'il n'en peut trouver tantost ou encontrer, il peut aller en
une lieuë courant à mont ou aval l'eau. Car un Loutre va bien querir ses
mangeus demie lieuë, et volontiers et plus communément à mont l'eau,
pource que l'eau qui vient aval porte le vent des poissons qui sont au
dessous ou le nez au vent, pource que le vent luy apporte au nez l'assentement
des poissons qui sont au-dessous du vent. Et si se doit faire l'assemblée
pour la Loutre, ainsi comme pour le Cerf: car de toutes choses de quoy on
va en queste se doit faire assemblée, et la doit faire chacun son rapport
de ce qu'il aura trouvé en sa queste. Et quand aura veu et devisé et
dejeuné ses Chiens, celuy qui aura destourné ou en aura encontré, il doit
faire laisser aller ses Chiens ainsi comme deux traicts d'arc, avant qu'il
soit là où il en aura encontré, à fin que ses Chiens se soient vuidez. Et
aussi quand Chiens portent des couples ils courent çà et là, si vaut mieux
qu'ils aient faict leurs follies avant qu'ils soient au Loutres, et se
faisoient vider, que s'ils descouploient sus les routes et alloient
folliant. Et quand les Chiens en assentiront, ils iront querant les rives
de l'eauë. Et le valet du Limier et des autres doivent tousjours querir
par les rives et racines pres de l'eau, jusques à tant que l'un des Chiens
le trouvent. Et doivent estre deux ou trois valets à mont l'eau, où le
valet en aura encontré, et autant aval l'eau sus les gens en lieu où il
aura plus petite eau. Et doit avoir chascun son baston fourchié, et faire
devant à l'eur guise. Et quand il verra venir devant la Loutre, qui
viendra par dessous l'eau, il doit faire, si peut, et sinon quand il aura
passé ou en à mont ou en aval, il doit courre par la riviere, jusques à un
autre lieu où il y a basse eau et le doit attendre, pour veoir autres-fois
s'il pourra ferir, et ainsi doit faire tant de fois, jusques à temps que
le fiere. Car si les Ciens sont bons pour la loutre, viendront tousjours
chassant apres. Et pource qu'ils ne pourront assentir en l'eau, viendront
tousjours chantant et querant apres les rives dessous les racines, et
ainsi ne pourra il estre que les chiens ne le prennent, ou que les gens ne
le fierent. Et c'est très-belle chasse et bonne et bon deduit, quand les
Chiens sont bons, et les rivieres sont petites. Et si les rivieres sont
grosses, ou c'est un vivier ou un estang, on doit avoir des fiels qui
attaignent d'une rive à l'autre, emplommer dessous, et non pas dessus, à
fin que le filé aille au fons de l'eau. Et deux hommes doivent tenir le
bout à deux mains, un de l'une part de la rive, et l'autre de l'autre, et
quand la Loutre qui viendra dessus l'eau cuidera passer, il s'en viendra
bouter au fillé, et ils sentiront branler le bout de la corde qui tendront
s'ils doivent tirer leur fillé. Et ainsi sera la Loutre prinse plus tost.
Les Chiens qui sont bons pour la Loutre, et on les met au Cerf, mais
qu'ils ne soient trop vieux, sont merveilleusement bons.
LA MAISON RUSTIQUE
Distinction de ce qui est chair ou poisson.
On met au rang des poissons et des aliments maigres non seulement tout
ce qui est de l'élément des poissons, comme moules, huîtres et écrevisses
mais encore les loutres, castors et généralement tout animal qui approche
plus et qui tient davantage de la nature des poissons, que de celle des
animaux terrestres ou aériens. En 1696, il y eut une contestation célèbre
pour savoir s'il est permis de manger comme aliments maigres, les
macreuses, les pilets, qu'on nomme autrement pieffins ou plumarts à col
rouge, les blairies, et quantité d'autres oiseaux marins que les pauvres
gens qu'on appelle Marriers, vont prendre le long de la mer et dans les
mares construites exprès aux environs et à l'embouchure des rivières, d'où
les Chasses-marées transportent ces amphibies à Paris et aux autres
grandes Villes: il a été décidé qu'ils sont aliments maigres.
L'auteur du Traité des Aliments de Carême y a rapporté avec son élégance
et sa solidité ordinaires, l'histoire, les expériences et les raisons de
cette décision.
Pour juger si un amphibie est plutôt chair que poisson, ou s'il tient plus
du poisson que de la chair, il ne faut point s'arrêter ni à la chaleur, à
l'abondance ou à la rougeur du sang, ni au poil ou au plumage, au cri ni
au vol, à la figure extérieure de l'animal, ni même à la couleur de sa
chair, puisque tout cela est trompeur et commun à bien des poissons, ainsi
qu'à beaucoup d'animaux terrestres; mais c'est au goût de la chair, et
principalement à la saveur et à la qualité de la graisse de l'amphibie
qu'on doit prendre garde: la graisse est une vraie substance adipeuse dans
les animaux qui ne sont pas poisson, ou qui ne tiennent pas de la nature
du poisson; au lieu que la graisse de tous les poissons n'est qu'une
huile; ils en rendent tous et en quantité: il n'y a qu'à faire rôtir tel
poisson qu'on voudra, et le manger tout chaud sans sauce, pour y sentir la
saveur de l'huile: d'où il suit que tous les oiseaux de mer dont la chair
est huileuse comme celle des poissons, approchent plus du poisson que de
la viande.
Ainsi, conclut l'auteur qu'on vient de citer, tout animal qui est de même
élément, ou de même goût et même saveur que les poissons, ou enfin de même
sang froid que la plupart de ces animaux, se peut manger les jours maigres
comme le poisson; tout autre est défendu. Il fait voir par l'application
de cette règle, pourquoi la chair de castor, de loutre, de tortue même de
terre, de macreuses, pilets et blairies, est permise en Carême, de même
que celle des limaçons, sauterelles, vipères, grenouilles, etc... quoique
celle de la poule d'eau, du rouge et de la sarcelle, ne le soit point.
Les Scrupuleux et les Curieux qui voudront en savoir davantage sur cette
matière, auront recours au Traité qu'on vient d'indiquer.
LA MAISON RUSTIQUE
Des ennemis de l'Etang
Le loutre, lutra, est un quadrupède amphibie, gros
comme un gros chat, couvert de gros poils courts couleur de châtaigne: sa
tête ressemble un peu à celle du chien, ses oreilles sont petites, ses
pattes courtes; sa queue est oblongue, garnie de poils. Il habite le long
des bords des lacs, des rivières et des étangs, et il fait ses catiches,
cavernes ou retraites sous les crônes au bas desquelles se retirent
ordinairement les poissons, dont il fait un très grand dégât, par la
quantité qu'il en dévore avec une avidité extraordinaire jusqu'à ce qu'il
en soit rassasié, et il en emporte dans sa caverne, où ils causent une
puanteur insupportable. Cet animal vit encore de racines, d'écorces
d'arbres, de fruits, et d'herbes.
La destruction du loutre est importante pour la conservation du poisson.
Quand on aperçoit le long des bords de l'eau des endroits battus par les
empreintes des pieds du loutre, soit sur le sable ou sur la vase, ou bien
lorsqu'on voit des endroits où il a coutume de manger le poisson qu'il
attrape, ce qui se remarque par les arrêtes et les écailles qui y restent,
il fait très bon mettre dans ces sortes d'endroits un piège de fer appelé
traquenard, que l'on tend dans la rivière au passage du loutre sous des
crônes, et qu'on recouvre de vase le plus adroitement que l'on peut, afin
que l'animal ne se méfie point: on attache une pierre au bout de la
chaîne, et lorsque le loutre va à la pêche, et qu'il passe sous les crônes,
il se trouve pris au piège dès qu'il y a marché; et dans le moment qu'il
se sent pris, il fait un saut dans la rivière, et entraîne avec lui le
piège et la pierre qui est attachée au bout de la chaîne: comme leur poids
empêche le loutre de remonter sur l'eau pour reprendre haleine, il se noie
bien vite, et avec un croc on retire au bord le piège et l'animal qui y
est attaché. On peut en tendre des deux côtés de la rivière, pour qu'il
soit plutôt pris.
Comme le loutre digère promptement, et qu'il se vide de même, s'il
rencontre sur le bord du rivage une place où il y ait par hasard une
pierre blanche, soit de craie, de plâtre, ou quelqu'autre chose semblable,
par un instinct particulier il ne manque jamais d'aller toujours fienter
dessus; ainsi on est sûr de le tuer à l'affût pendant la nuit: ou bien on
le prend en environnant cet endroit de traquenards. On peut aussi y tendre
un hausse-pied.
Tout le secret pour réussir consiste à éventer le piège; ce qui se
pratique ainsi. On prend un héron mâle, on l'écorche, on ôte les jambes et
le bec, on hache le reste menu, qu'on met dans une bouteille bien bouchée
avec un bouchon de liège: on met cette bouteille dans du nouveau fumier de
cheval pendant six semaines ou deux mois; le héron à force de fermenter se
convertit en huile; on frotte le piège de cette huile, ce qui l'évente de
manière que le loutre n'a aucune défiance.
Cet animal craint extrêmement le feu, à ce qu'on prétend, et s'il en
aperçoit sur l'étang il fuit au loin. Sa retraite ordinaire est sur les
joncs ou touffes de roseaux, s'il en trouve dans l'étang. Il se plaît
aussi sur les miternes ou petites îles s'il y en a, sinon il se met aux
environs de l'étang, dans les saules creux ou autres arbres, et souvent
même s'il y a place sur la tige: c'est pourquoi il faut avoir soin
d'examiner tous les arbres qui se rencontrent autour des étangs, pour le
surprendre; et quoiqu'on l'ait manqué une fois, on ne doit pas pour cela
désespérer de l'y retrouver. On dit que cet animal s'apprivoise aisément,
et que quand il a été instruit il se jette dans l'eau à un certain signal,
y poursuit les poissons, et les oblige à se réfugier en grande quantité
dans les rets qu'on y a tendus pour les prendre.
Personne n'ignore que la peau de loutre, après avoir été bien passée et
bien préparée, s'emploie en différentes espèces de fourrures. Quant à sa
chair elle est dure et coriace, et c'est une mauvaise nourriture: elle a
l'odeur et le goût du poisson, et on la mange comme telle, même dans les
Maisons Religieuses et en Carême: cependant il est certain que cet animal
ne peut durer longtemps dans le profond de l'eau, et qu'il faut qu'il
respire l'air: cela est si vrai, que se trouvant pris dans les truaux ou
nasses au fond de l'eau il se noie facilement; ce qui me persuade qu'il
n'est point si poisson qu'on le dit: quoiqu'il l'aime fort, il ne laisse
pas de manger aussi des canards, sarcelles, morelles, racannettes et
autres: il va plus vite dans l'eau que toutes sortes de poissons, mais sur
terre les chiens le joignent facilement: il a des dents très mauvaises et
se sont des défenses dont il se sert contre eux valeureusement: il a la
vie et la peau fort dures; mais s'il est blessé, se jetant dans l'eau il
perd son sang et n'en échappe pas.
BUFFON
La loutre
La loutre est un animal vorace, plus avide de poisson que de chair, qui
ne quitte guère le bord des rivières ou des lacs, et qui dépeuple
quelquefois les étangs. Elle a plus de facilité qu'un autre pour nager,
plus même que le castor; car il n'a des membranes qu'aux pieds de
derrière, et il a les doigts séparés dans les pieds de devant, tandis que
la loutre a des membranes à tous les pieds: elle nage presque aussi vite
qu'elle marche. Elle ne va point à la mer comme le castor, mais elle
parcourt les eaux douces, et remonte ou descend les rivières à des
distances considérables: souvent elle nage entre deux eaux, et y demeure
assez longtemps; elle vient ensuite à la surface, afin de respirer. A
parler exactement, elle n'est point animal amphibie, c'est-à-dire animal
qui peut vivre également et dans l'air et dans l'eau; elle n'est pas
conformée pour demeurer dans ce dernier élément, et elle a besoin de
respirer, à peu près comme tous les autres animaux terrestres: si même il
arrive qu'elle s'engage dans une nasse à la poursuite d'un poisson, on la
trouve noyée, et l'on voit qu'elle n'a pas eu le temps d'en couper tous
les osiers pour en sortir. Elle a les dents comme la fouine, mais plus
grosses et plus fortes relativement au volume de son corps. Faute de
poissons, d'écrevisses, de grenouilles, de rats d'eau, ou d'autre
nourriture, elle coupe les jeunes rameaux, et mange l'écorce des arbres
aquatiques: elle mange aussi de l'herbe nouvelle au printemps; elle ne
craint pas plus le froid que l'humidité. Elle devient en chaleur en hiver,
et met bas au mois de mars: on m'a souvent apporté des petits au
commencement d'avril; les portées sont de trois ou quatre. Ordinairement
les jeunes animaux sont jolis: les jeunes loutres sont plus laides que les
vieilles. La tête mal faite, les oreilles placées bas, des yeux trop
petits et couverts, l'air obscur, les mouvements gauches, toute la figure
ignoble, informe, un cri qui paraît machinal et qu'elles répètent à tout
moment, sembleraient annoncer un animal stupide; cependant la loutre
devient industrieuse avec l'âge, au moins assez pour faire la guerre avec
grand avantage aux poissons, qui pour l'instinct et le sentiment sont très
inférieurs aux autres animaux: mais j'ai grand'peine à croire qu'elle ait,
je ne dis pas les talents du castor, mais même les habitudes qu'on lui
suppose, comme celle de commencer toujours par remonter les rivières, afin
de revenir plus aisément et de n'avoir plus (1) qu'à se laisser
entraîner au fil de l'eau lorsqu'elle s'est rassasiée ou chargée de proie;
celle d'approprier son domicile et d'y faire un plancher, pour n'être
point incommodée de l'humidité; celle d'y faire une ample provision de
poisson, afin de n'en pas manquer; et enfin la docilité et la facilité de
s'apprivoiser au point de pêcher pour son maître, et d'apporter le poisson
jusque dans la cuisine. Tout ce que je sais, c'est que les loutres ne
creusent point leur domicile elles-mêmes; qu'elles se gîtent dans le
premier trou qui se présente, sous les racines des peupliers, des saules,
dans les fentes des rochers, et même dans les piles de bois à flotter;
qu'elles y font aussi leurs petits sur un lit fait de bûchettes et
d'herbes; que l'on trouve dans leur gîte des têtes et des arêtes de
poisson; qu'elles changent souvent de lieu; qu'elles emmènent ou
dispersent leurs petits au bout de six semaines ou de deux mois; que ceux
que j'ai voulu priver cherchaient à mordre, même en prenant du lait, et
avant que d'être assez forts pour mâcher du poisson; qu'au bout de
quelques jours ils devenaient plus doux, peut-être parce qu'ils étaient
malades et faibles; que, loin de s'accoutumer aisément à la vie
domestique, tous ceux que j'ai essayé de faire élever sont morts dans le
premier âge; qu'enfin la loutre est, de son naturel, sauvage et cruelle;
que, quand elle peut entrer dans un vivier, elle y fait ce que le putois
fait dans un poulailler; qu'elle tue beaucoup plus de poissons qu'elle ne
peut en manger, et qu'ensuite elle en emporte un dans sa gueule.
Le poil de la loutre ne mue guère: sa peau d'hiver est cependant plus
brune et se vend plus cher que celle d'été; elle fait une très bonne
fourrure. Sa chair se mange en maigre, et a en effet un mauvais goût de
poisson, ou plutôt de marais. Sa retraite est infectée de la mauvaise
odeur des débris du poisson qu'elle y laisse pourrir; elle sent elle-même
assez mauvais. Les chiens la chassent volontiers et l'atteignent aisément,
lorsqu'elle est éloignée de son gîte et de l'eau; mais quand ils la
saisissent, elle se défend, les mord cruellement, et quelquefois avec tant
de force et d'acharnement, qu'elle leur brise les os des jambes, et qu'il
faut la tuer pour la faire démordre. Le castor cependant, qui n'est pas un
animal bien fort, chasse la loutre, et ne lui permet pas d'habiter sur les
bords qu'il fréquente.
Cette espèce, sans être en très grand nombre, est
généralement répandue en Europe, depuis la Suède jusqu'à Naples, et se
retrouve dans l'Amérique septentrionale (2) ; elle était bien connue des
Grecs, et se trouve vraisemblablement dans tous les climats tempérés,
surtout dans les lieux où il y a beaucoup d'eau; car la loutre ne peut
habiter ni les sables brûlants, ni les déserts arides; elle fuit également
les rivières stériles et les fleuves trop fréquentés.
Je ne crois pas qu'elle se trouve dans les pays très
chauds; car le jiya ou carigueibeju, qu'on a appelé loutre du Brésil, et
qui se trouve aussi à Cayenne (2) , paraît être d'une espèce voisine, mais
différente: au lieu que la loutre de l'Amérique septentrionale ressemble
en tout à celle d'Europe, si ce n'est que la fourrure est encore plus
noire et plus belle que celle de la loutre de Suède ou de Moscovie.
BUFFON
Première addition à l'article de la loutre.
Pontoppidan assure qu'en Norwége la loutre se
trouve également autour des eaux salées comme autour des eaux douces;
qu'elle établit sa demeure dans des monceaux de pierres, d'où les
chasseurs la font sortir en imitant sa voix au moyen d'un petit sifflet:
il ajoute qu'elle ne mange que les parties grasses du poisson, et qu'une
loutre apprivoisée, à laquelle on donnait tous les jours un peu de lait,
rapportait continuellement du poisson à la maison (4) .
BUFFON
Deuxième addition à l'article de la loutre.
Nous avons dit que le loutre ne paraissait pas
susceptible d'éducation, et que nous n'avions pu réussir à l'apprivoiser;
mais des tentatives sans succès ne démontrent rien, et nous avons souvent
reconnu qu'il ne fallait pas trop restreindre le pouvoir de l'éducation
sur les animaux: ceux mêmes qui semblent le plus s'y refuser cèdent
néanmoins et s'y soumettent dans certaines circonstances; le tout est de
rencontrer ces circonstances favorables et de trouver le point flexible de
leur naturel, d'y appuyer ensuite assez pour former une première habitude
de nécessité ou de besoin, qui bientôt s'assujettit toutes les autres.
L'éducation de la loutre dont on va parler en est un exemple. Voici ce que
M. le marquis de Courtivron, mon confrère à l'Académie des Sciences, a
bien voulu m'écrire en date du 15 octobre 1779, sur une loutre très privée
et très docile qu'il a vue à Autun:
«Vous autorisez, Monsieur, ceux qui ont quelques observations sur les
animaux à vous les communiquer, même quand elles ne sont pas absolument
conformes à ce qui peut paraître avoir été votre première opinion. En
relisant l'article de la loutre, j'ai vu que vous doutez de la facilité
qu'on aurait d'apprivoiser cet animal. Dans ce que je vais vous dire, je
ne vous rapporterai rien que je n'aie vu, et que mille personnes n'aient
vu comme moi, à l'abbaye de Saint-Jean-le-Grand, à Autun, dans les années
1775 et 1776; j'ai vu, dis-je, pendant l'espace de près de deux ans, à
différentes fois, une loutre femelle qui avait été apportée peu de temps
après sa naissance dans ce couvent, et que les tourières s'étaient plu à
élever; elles l'avaient nourrie de lait jusqu'à deux mois d'âge, qu'elles
commencèrent à accoutumer cette jeune loutre à toutes sortes d'aliments;
elle mangeait des restes de soupe, de petits fruits, des racines, des
légumes, de la viande et du poisson; mais elle ne voulait point de poisson
cuit, et elle ne mangeait le poisson cru que lorsqu'il était de la plus
grande fraîcheur: s'il avait plus d'un jour, elle n'y touchait pas.
J'essayai de lui donner de petites carpes, elle mangeait celles qui
étaient vives; et pour les mortes, elle les visitait en ouvrant l'ouïe
avec sa patte, la flairait et le plus souvent les laissait, même quand on
les lui présentait avant de lui en donner de vives. Cette loutre était
privée comme un chien; elle répondait au nom de loup-loup que lui avaient
donné les tourières; elle les suivait et je l'ai vue revenir à leur voix
du bout d'une vaste cour où elle se promenait en liberté, et, quoique
étranger, je m'en faisais suivre en l'appelant par son nom. Elle était
familiarisée avec le chat des tourières, avec lequel elle avait été
élevée, et jouait avec le chien du jardinier, qu'elle avait aussi connu de
bonne heure: pour tous les autres chiens et chats, quand ils approchaient
d'elle, elle les battait. Un jour j'avais un petit épagneul avec moi; elle
ne lui dit rien d'abord; mais le chien ayant été la flairer, elle lui
donna vingt soufflets avec ses pattes de devant, comme les chats ont
coutume de faire lorsqu'ils attaquent de petits chiens, et le poursuivit à
coups de nez et de tête jusqu'entre mes jambes; et depuis, toutes les fois
qu'elle le vit, elle le poursuivit de même. Tant que les chiens ne se
défendaient pas, elle ne se servait pas de ses dents; mais si le chien
faisait tête et voulait mordre, alors le combat devenait à outrance; et
j'ai vu des chiens assez gros, déchirés et bien mordus, prendre le parti
de la fuite.
«Cette loutre habitait la chambre des tourières, et la nuit elle couchait
sur leur lit: le jour elle se tenait ordinairement sur une chaise de
paille où elle dormait couchée en rond; et quand la fantaisie lui en
prenait, elle allait se mettre la tête et les pattes de devant dans un
seau d'eau qui était à son usage; ensuite elle se secouait et venait se
remettre sur sa chaise, ou allait se promener dans la cour ou dans la
maison extérieure. Je l'ai vue plusieurs fois couchée au soleil; alors
elle fermait les yeux: je l'ai portée, maniée, prise par les pattes et
flattée; elle jouait avec mes mains, les mordait insensiblement, et
faisait petites dents, si cela peut se dire, comme on dit que les chats
font patte de velours. Je la menai un jour auprès d'une petite flaque
d'eau, où la rivière d'Aroux en laisse lorsqu'elle est débordée: ce qui
vous paraîtra surprenant, et ce qui m'étonnait aussi, c'est qu'elle parut
craindre de voir de l'eau en si grand volume; elle n'y entra pas, passé le
bord où elle se mouilla la tête comme dans le seau; je la fis jeter à
quelques pas dans l'eau; elle regagna le bord bien vite avec une sorte
d'effroi, et nous suivit, très contente de retrouver ses tourières. Si on
peut raisonner d'après un seul fait et un seul individu, la nature paraît
n'avoir pas donné à cet animal le même instinct qu'aux canards, qui
barbottent aussitôt qu'ils sont éclos, en sortant de dessous une poule.
«Cette loutre était très malpropre: le besoin de se vider paraissait lui
prendre subitement, et elle se satisfaisait de même quelque part qu'elle
fût, excepté sur les meubles, mais à terre et dans la chambre comme
ailleurs; les tourières n'avaient jamais pu, même par des corrections,
l'accoutumer à aller, pour ses besoins, à la cour, qui était peu éloignée;
dès qu'elle s'était vidée, elle venait flairer ses excréments, ainsi que
les chats, et faisait un petit saut d'allégresse ensuite, comme satisfaite
de s'être débarrassée de ce poids.»
«J'ai souvent eu l'occasion de voir cette loutre, parce que je ne passais
point à Autun sans aller à l'abbaye de Saint-Jean-le-Grand, où Madame de
Courtivron avait une tante; et j'ai dîné dix fois avec la loutre qui était
de très bonne compagnie. On me l'offrit: je l'aurais acceptée pour la
mettre enchaînée sur le fossé de ma maison à Courtivron, où elle aurait eu
l'occasion de se marier, si je n'avais reconnu la difficulté de
l'enchaîner, à cause que le cou de cet animal est presque du même diamètre
de sa tête et son corps; je pensai qu'elle pourrait s'échapper, et
multiplier chez moi les loutres qui n'y sont que trop communes»
«Je me reproche de m'être si fort étendu sur cet article des loutres,
comme susceptibles d'être bien apprivoisées; mais j'ai cru devoir vous
donner un exemple de ce que j'ai vu dans notre Bourgogne: ainsi, sans
recourir aux exemples de Danemarck et de Suède, s'ils existent tels que le
P.Vanière, dans son poème du Praedium rusticum, les a célébrés, voilà des
choses sur lesquelles vous pouvez compter, et il n'y a rien de poétique
dans ce que je vous dis.»
BUFFON : EXTRAIT DE DAUBENTON
Description de la loutre.
Le corps de la loutre est à peu près aussi long et
aussi gros que celui du blaireau; mais les jambes de la loutre sont
beaucoup plus courtes. Cet animal a la tête plate, le museau fort large et
la mâchoire du dessous plus étroite et moins longue que celle du dessus;
le cou est court, et si gros qu'il semble faire partie de la tête; le
corps est fort allongé, les jambes sont très courtes, et la queue est
grosse à l'origine, et pointue à l'extrémité. Il y a de chaque côté du
museau des moustaches composées de gros crins blancs et bruns; il y en a
d'autres au dessous de la mâchoire inférieure: au-delà des coins de la
bouche et près de l'angle postérieur des yeux; les plus longs de ces crins
ont près de trois pouces.
La loutre a deux sortes de poils, les uns plus longs et plus fermes que
les autres, qui sont une sorte de duvet soyeux de couleur grise blanchâtre
sur la plus grande partie de sa longueur, et brune à la pointe. Les poils
les plus longs sont gris blanchâtres sur la moitié de leur longueur depuis
la racine, et de couleur brune très luisante dans le reste de leur étendue
jusqu'à la pointe: le brillant de ces poils efface le brun, lorsqu'ils
sont opposés au jour; mais le brun paraît seul sous les autres aspects sur
toute la partie supérieure de cet animal, depuis le bout du museau jusqu'à
la queue, sur la face extérieure des jambes et sur la face supérieure de
la queue. Les côtés de la tête, la mâchoire inférieure, la gorge, le
dessous et les côtés du cou, la poitrine, le ventre, les aisselles, les
aines, la face intérieure des jambes, sont de couleur blanchâtre et
luisante, parce que les longs poils ont cette couleur depuis la racine
jusqu'à la pointe: le poil des pieds est fort court et de couleur brune,
mêlée d'une légère teinte roussâtre; le dessus de la tête et le bout de la
queue sont de couleur brune foncée, et même noirâtre; les plus longs poils
du corps ont quatorze lignes. Les doigts tiennent les uns aux autres par
une forte membrane, qui est plus longue dans les pieds de derrière que
dans ceux de devant, parce que les doigts des pieds de derrière sont les
plus longs; il y en a cinq dans chaque pied: les doigts des pieds de
devant et le pouce des pieds de derrière ont de petits ongles crochus;
ceux des quatre autres doigts des pieds de derrière sont les plus larges.

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- SIR JOHN
Setting thy womanhood aside,
thou art a beast to say otherwise.
- HOSTESS
Say, what beast, thou knave,
thou?
- SIR JOHN
What beast ? Why, an otter.
- PRINCE HARRY
An otter, Sir John? Why an
otter ?
- SIR JOHN
Why ? She's neither fish nor
flesh ; a man knows not where to have her.
G

G

G
G

G
G

G
Elle
mange poissons, et demeure environ les rivières et estangs.
Elle a
malle morsure et venimeuse
G
De toute choses de quoy on
va en queste se doit faire assemblée.
Et c'est très-belle chasse
et bonne et bon deduit.
G
Quantités d'autres oiseaux
marins que les pauvres gens vont prendre le long de la mer
Pour juger si un amphibie
est plutôt chair que poisson
G
Il en emporte dans sa
caverne où il cause une puanteur insupportable
On prend un héron mâle, on
l'écorche, on ôte les jambes et le bec.
G
Elle nage presque aussi vite
qu'elle marche
Elle a besoin de respirer à
peu près comme tous les autres animaux terrestres
Les mouvements gauches,
toute la figure ignoble, informe
(1) - Vide Gessner. Hist.
Quadr., P. 685, ex. Alberto, Belloni, Sa cligero, Olao magno, etc.
Les loutres ne
creusent point leurs domiciles elles-mêmes.
Sa chair se mange en maigre
Cette espèce est
généralement répandue en Europe
(2) - Voyez le voyage de la
Hontan, tome II, page 38.
(3) Lutra nigricans, cauda
depressa et glabra. Barrère, Hist. de la France équinoxiale, page 155.
G
Les chasseurs la font sortir
en imitant sa voix au moyen d'un petit siflet
(4) - Histoire naturelle de
la Norwège, par Pontoppidan ; Journal étranger, Juin 1756.
Elles commencèrent à
accoutumer cette loutre à toutes sortes d'aliments
Cette loutre était privée
comme un chien
Le jour elle se tenait
ordinairement sur une chaise de paille
Je la fis jeter à
quelques pas dans l'eau; elle regagna le bord bien vite avec une sorte
d'effroi
Elle venait flairer ses
excréments, ainsi que les chats, et faisait un petit saut d'allégresse
ensuite
G
Le cou est court, et si gros
qu'il semble faire partie de la tête
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