Découvrir le desman des Pyrénées

Curieux petit mammifère semi-aquatique

 


Répartition géographique

Répartition mondiale


L’état des connaissances sur l’aire de répartition du desman est resté pendant un siècle et demi très fragmentaire. Cette méconnaissance tient à la fois aux difficultés liées à l'espèce, au milieu qu’elle peuple qui rend difficiles les recherches et à l’absence d’une réelle préoccupation pour cet aspect de l’Histoire Naturelle du desman.
Pourtant, il importe de disposer d’informations précises si l’on souhaite mettre en úuvre une politique efficace de conservation de l'espèce et de son milieu.
Le desman des Pyrénées possède actuellement une aire de répartition limitée aux deux versants des Pyrénées et aux massifs montagneux du quart nord-ouest de la Péninsule Ibérique, Espagne et Portugal.

Dans la Péninsule Ibérique, Nores (1992) a publié une carte de répartition qui apporte une bonne image de l’aire de répartition actuelle de l’espèce pour l’ensemble de la Péninsule, à partir de recherches sur le terrain, d’une synthèse des données de la littérature et de nombreuses observations regroupées à partir d’enquêtes.
Cette aire couvre tout le Nord de la Péninsule (chaîne Cantabrique) et le Nord-Ouest, jusqu’au bassin du Douro.
Dans le système central, le desman n’occupe probablement que les zones montagneuses et les données situées très à l’Est mériteraient une analyse critique.
On notera également qu’il ne semble plus exister de solution de continuité entre la zone de peuplement pyrénéenne et le reste de la Péninsule Ibérique.
 

Figure 1 : répartition mondiale

Répartition en France


L’ensemble des données sur la répartition du desman est présenté tout d’abord sous la forme d’une carte de synthèse. La présence de l’espèce est notée au niveau des mailles de 0,1 x 0,1 grade de côté.
Toutefois, ce type de cartographie par maille ne rend pas compte de la réalité de la répartition de l'espèce qui est étroitement liée aux cours d’eau et aux lacs.
L’analyse détaillée est envisagée au niveau de chacun des grands bassins versants (fleuves) et sous bassins dans le cas du vaste bassin de la Garonne. Pour chacun deux, les grandes lignes de l’aire de répartition sont esquissées et la limite inférieure de répartition telle que nous la connaissons est précisée. sur la base de mailles de 0,1x0,1 grade de côté (d’après Bertrand, 1993).
Les grandes lignes de la répartition du desman pour chacun des bassins hydrographiques des fleuves et de leurs affluents nord pyrénéens sont ici précisées.

Figure 2 : répartition en France (maille de 0.1 x 0.1 grade)

Bassin de la Nivelle
La présence du desman sur ce petit bassin est connue depuis le début des années soixante-dix, époque à laquelle plusieurs individus ont été capturés au cours de pêches électriques (Richard, 1976). Dans le cadre de nos prospections, nous avons noté la présence de l’espèce sur plusieurs sites, le plus en aval est situé en aval de St Pé sur Nivelle à une altitude de 15 m. N.G.F. Au Pays Basque, d’autres petits bassins de fleuves sont présents (Bidassoa, Urumea, etc...) et ont été prospectés. Nous n’avons pas pu obtenir d’informations sur la présence du desman ni réaliser d’observation.

Bassin de l’Adour
Le bassin de l’Adour draine la presque totalité des Pyrénées comprises dans les départements des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées. Le desman est présent sur la grande majorité des affluents de ce fleuve; pour chacun des ces affluents sont précisées ci-dessous les limites inférieures actuellement connues (entre parenthèses, l’altitude du site le plus bas):
La Nive, Itxassou (40 m);
La Bidouze, amont de St-Palais (50 m);
Le Saison, Rivehaute (100 m);
Le Gave d’Oloron, Dogne (140 m);
Le Gave de Pau, Ignon (250 m);
L’Echez, Barry (350 m);
L’Adour, Salles sur Adour (360 m);
L’Arros, Ricaud (280 m).
Sur le bas bassin de l’Adour, Dubalen (1894 et 1895) a signalé la présence du desman dans la région de Saint-Sever en Chalosse (Sud du département des Landes). Nous avons effectué des recherches approfondies dans différents secteurs de ce fleuve, plus particulièrement en Chalosse, sans pouvoir obtenir le moindre indice de la présence du desman. De plus, toutes les recherches d’informations auprès de riverains sont restées vaines.

Bassin de la Garonne
Sur le cours de la Garonne la présence du desman est régulière jusqu’au confluent de la Neste; plus en aval, le cours devient trop large et trop profond pour permettre une prospection efficace. La présence de l’espèce sur la Pique et le Ger (en aval de Saint-Gaudens) à leur confluence avec la Garonne laisse à penser qu’il y est également présent. Quelques informations provenant de la région de Montrejeau (canaux et biefs) sont disponibles (divers courriers) mais n’ont pas pu être confirmées par nos prospections.

 Affluents de la rive gauche
La Neste: tout le bassin jusqu’à la confluence avec la Garonne; La Pique: tout le bassin jusqu’à la confluence avec la Garonne. Sur les cours d’eau du plateau de Lannemezan, Richard (1976) signale des observations sur le bassin de la Baïse. Nous n’avons pas réalisé de prospections systématiques de tous les cours d’eau de cette région. Toutefois, la présence régulière du desman sur des cours d’eau comme la Baïse, le Gers ou la Louge apparaît peu probable, car leurs caractéristiques apparaissent trop éloignées de celles des cours d’eau pyrénéens. En outre, dans bien des cas ils nous sont apparus dans un état de dégradation avancée !

 Affluents de la rive droite
Le Ger: présent sur tout le bassin jusqu’au confluent avec la Garonne. Le Salat, présent partout en amont de Saint-Girons. En aval, il est présent sur tous les cours d’eau de la rive gauche jusqu’au bassin du ruisseau d’Arbas à sa confluence avec le Salat à Mane. Par contre, nous n’avons pu obtenir aucune donnée sur les affluents de la rive droite, oò Richard avait piégé en vain (com. pers). Sur le cours du Salat lui-même, très peu de données ont pu être regroupées en aval de Lacourt (5 km au Sud de Saint-Girons).
L’Arize: tout le bassin jusqu’en aval du Mas d’Azil.
La Lèze et le Volp: ces deux petits cours d’eau possèdent des bassins versants réduits en Ariège et en Haute-Garonne. Aucun indice de présence ni aucune information n’ont pu être obtenus quant à l’existence de population de desman sur leur cours.
L’Ariège: présent sur tout le bassin en amont de Foix. Sur l’Hers, affluent de la rive droite de l’Ariège, la présence du desman n’a été notée que sur les hauts bassins de la rivière, en amont de Bélesta et de ses deux principaux affluents, la Douctouyre et la Touyre, respectivement jusqu’à Nalzen et Montferrier. Ces trois populations possèdent une répartition très restreinte et semblent totalement isolées de celles des bassins limitrophes de l’Ariège et de l’Aude. Ces cours d’eau n’ont pas été prospectés en 1989 et 1990, années qui ont vu le débit des cours d’eau se réduire très fortement, allant parfois jusqu’à l’assèchement de secteurs importants du lit des rivières.

Bassin de l’Aude
L’aire de répartition du desman sur le bassin de l’Aude est continue en amont de Quillan sur la totalité des affluents des deux rives. Sur l’Aude, nous n’avons aucune donnée en aval d’Axat, mais comme pour le Salat ou la Garonne, la présence de l’espèce y est très probable.
Plus en aval, aucune information ou donnée n’a pu être recueillie, à l’exception du cours de l’Orbieu qui conflue avec l’Aude très en aval de Carcassonne. Sur ce cours d’eau, la découverte d’un cadavre en 1988 par B. D’Hulst et A.Bouchalla, nous a amenés à le prospecter et à mettre en évidence la présence du desman sur tout le haut bassin en amont de Lanet (350 m). La limite inférieure n’est pas connue avec précision, car nous n’avons effectué qu’une seule visite de ces sites.

Bassin de l’Agly
Tout le bassin en amont d’Ansignan, incluant le sous-bassin du Desix.

Bassin de la Têt
Tout le cours du fleuve et le bassin en amont de Villefranche de Conflent; en aval, deux affluents de la rive gauche, la Castellane et le Caillan sont également peuplés.

Bassin du Tech
Tout le bassin en amont de Arles-sur-Tech.

Bassin de la Massane
Bien que le desman n’ait jamais été signalé avec certitude sur les cours d’eau de ce petit bassin versant de l’extrême Est de la chaîne pyrénéenne (massif des Albères), il a été visité en 1990, car P. Nicolau-Guillaumet (com. pers.) nous a signalé l’observation d’un petit mammifère aquatique pouvant être un desman, lorsqu’il a travaillé sur ce secteur.
Toutes les recherches réalisées sur ce bassin se sont avérées vaines, que ce soit sur le terrain ou pour regrouper des données anciennes.

Un exemple de répartition sur un bassin: le Haut Salat (Ariège)
Les observations réalisées à ce niveau de perception montrent la discontinuité de distribution du desman soulignée notamment par Richard et Bertrand (1987). Cette discontinuité est spatiale, mais également temporelle.
La superposition des données de présence et/ou d’absence du desman avec celle des aménagements hydroélectriques du haut bassin du Salat montre que dans la plupart des secteurs situés directement en amont ou en aval de ces aménagements le desman est, de manière discontinue, ou absent ou présent. Le phénomène est d’autant plus net que les débits prélevés par les équipements sont importants. Cela est particulièrement évident sur tout le cours du Lez en aval de Bonnac et sur le Salat en aval de Kercabanac.
A l’inverse, dans les secteurs peu ou pas perturbés, comme la Bouigane qui est le seul cours non aménagé, ou bien l’Arac, le Garbet et l’Alet qui possèdent peu d’aménagements, le desman présente une répartition continue.
De même, dans le secteur de Saint-Girons, que ce soit sur le cours du Salat lui même, ou bien sur la partie aval du Lez, le desman semble absent. Sur ce secteur plusieurs industries, laiteries et surtout papeteries, mais également usines hydro-électriques, polluent les rivières et perturbent fortement les débits.

Essai de caractérisation de l’aire de répartition du desman
L’aire de répartition du desman sur le versant nord des Pyrénées apparaît au terme de cette étude beaucoup plus importante que ne le laissaient supposer les données antérieures. A l’échelle des Pyrénées, aucune discontinuité de l’aire de répartition n’a été notée. Toutefois, il convient de souligner les limites du type de cartographie adoptée pour une espèce comme le desman qui peuple des milieux linéaires.
Par contre, une représentation linéaire de la répartition géographique (au niveau des cours d’eau ou d’un bassin) permet de mettre en évidence une discontinuité spatiale et temporelle quels que soient les paramètres retenus.
L’interprétation de cette discontinuité doit être réalisée avec beaucoup de prudence, car en dépit des précautions prises, une part non négligeable de la variabilité observée trouve son origine dans la variabilité naturelle et/ou artificielle du milieu. Bien qu’il soit difficile sinon impossible de préciser l’importance des biais induits par ce phénomène, il est également évident que cette variabilité spatiale et temporelle des populations est une réalité qui trouve son origine dans les modifications profondes que subissent une partie des cours d’eau nord pyrénéens. Les observations réalisées sur l’extrême spécialisation du régime alimentaire du desman ainsi que celles sur l’écologie de ses proies contribuent largement à étayer cette hypothèse.
Deux points importants doivent être discutés. Le premier concerne l’altitude qui est considérée par plusieurs auteurs comme facteur explicatif de l’aire de répartition actuelle du desman. Le second propose une approche différente, et suggère l’importance du rôle joué par la pluviométrie moyenne et la répartition annuelle des précipitations.

 Limite altitudinale
L’échantillonnage des sites de présence du desman est encore insuffisant, mais c’est aux altitudes élevées que la sous-représentation reste importante. Seule la limite altitudinale inférieure est ici discutée.
Pyrénées Occidentales (Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées): Dans ce secteur, plus de 60% des sites connus sont situés entre 15 m et 750 m N.G.F.; 20% des sites sont au-dessous de 250 m. Tous les sites situés au-dessous de 100 m sont au Pays Basque ou au Béarn. Plus à l’Est, la limite inférieure remonte très vite au-dessus de 250 m.
Pyrénées Centrales (Ariège et Haute-Garonne): Dans ce secteur aucun des sites de présence connu n’est situé au-dessous de 300 m.
Pyrénées Orientales (Aude et Pyrénées-Orientales): Dans ce secteur, la fréquence des sites situés au-dessous de 500 m est inférieure à 10% et tous sont sur le bassin de l’Orbieu sur le versant nord des Corbières.
Pour les secteurs occidental et central et dans une moindre mesure pour le secteur oriental, la fréquence des sites est plus élevée au-dessous de 1500m. Cette distribution est à relier au sous-échantillonnage des secteurs de haute altitude.
Il convient ici de discuter les cas particuliers des observations récentes ou des données anciennes situées très en dehors de ce que l’on pourrait qualifier d’aire de répartition normale du desman telle que nous l’avons définie. Ces données concernent le bas bassin de l’Adour à Saint Sever et Peyreroade, le Plateau de Lannemezan, et la basse vallée du Tech (Pont du Boulou).
Sur ces secteurs, toutes nos recherches sont restées vaines, mais au cours des enquêtes réalisées lors de la prospection ou bien à partir des observations qui nous ont été transmises oralement ou par courrier, 16 données concernant des animaux morts ou vivants ont été réunies.
Toutes celles qui ont pu être datées avec suffisamment de précision (13) ont été réalisées en période de crue de fonte des neiges (avril et mai).
Bien que nous n’ayons pas pu obtenir beaucoup de précisions sur les conditions dans lesquelles les observations ci-dessus ont été réalisées, nous sommes enclins à penser que la présence du desman dans ces secteurs est accidentelle et que les observations concernent des animaux entraînés par les crues. En effet, ces cours d’eau présentent des conditions de milieu fort éloignées de celles qui règnent dans les secteurs régulièrement peuplés.
Il est nécessaire de rester très prudent car dans beaucoup de cas les sites sont situés sur des cours d’eau à section importante oò il est très difficile de travailler. En outre, l’effort de prospection sur ces sites est resté plus faible que sur les secteurs inclus dans l’aire de répartition.
En résumé, la limite altitudinale inférieure de répartition du desman sur le versant nord des Pyrénées augmente très sensiblement d’Ouest en Est.
Ce schéma se retrouve également dans la Péninsule Ibérique, oò, dans l’extrême Nord-Ouest de l’Espagne (Galice) et le Nord du Portugal, l’espèce est présente presque au niveau de la mer. Dans la région centrale et sur le versant sud des Pyrénées, la limite inférieure ne semble être qu’exceptionnellement située au-dessous de 1000 m.

 Limite liée à la pluviométrie
L’altitude apparaît insuffisante pour caractériser l’aire de répartition du desman. Par contre, la presque totalité des sites de présence (96%) sont inclus dans la zone pyrénéenne recevant plus de 1000 mm de précipitations par an. En outre, tous les sites sont situés sur des bassins versants dont une partie importante reçoit également plus de 1000 mm.
Le cas du bas bassin du Salat en Ariège est sur ce point particulièrement significatif. En effet le desman est présent en aval de Saint-Girons sur tous les cours d’eau de la rive gauche qui prennent naissance dans le massif très arrosé (>1500 mm) de Lestelas. Sur la rive droite, il est absent de tous les affluents qui prennent naissance dans les contreforts Ouest du massif du Plantaurel oò la pluviométrie est inférieure à 900 mm.
De même, l’ouest du massif du Plantaurel est drainé par trois rivières principales: le Volp, l’Arize et la Lèze. Le Volp et la Lèze prennent naissance dans le Plantaurel et tout le bassin versant de ces deux cours d’eau reçoit en moyenne moins de 900 mm de précipitations annuelles. Le desman n’y a jamais été noté. Par contre l’Arize draine tout le versant nord du massif Arget-Arize qui reçoit une pluviométrie moyenne supérieure à 1000 mm par an. Le desman y est présent au moins jusqu’au Mas d’Azil.
A l’ouest des Pyrénées, le desman est présent dès 15 m au dessus du niveau de la mer. Dans cette région, l’isoyèthe 1000 mm remonte jusque dans les Landes.
A l’Est, la limite altitudinale inférieure de la répartition du desman est exceptionnellement au-dessous de 500 m.
Seul l’Orbieu fait exception. Mais sur toute la partie amont du bassin drainé par ce cours d’eau, la pluviométrie dépasse largement 1000 mm (Bouchalla, en préparation).
Limite liée à la répartition annuelle des précipitations
Outre l’importance quantitative de la pluviométrie, il semble que la répartition des précipitations tout au long de l’année joue un rîle important. En effet, la totalité des bassins peuplés, y compris l’Orbieu (Bouchalla, en préparation) présentent deux périodes de maximum de pluviométrie. Une première automnale et de début d’hiver et une seconde en mai. Ces deux périodes entraînent des crues, la seconde étant particulièrement prononcée pour les bassins recevant l’eau de la fonte des neiges.
Les données disponibles tant sur les rythmes d’activités locomotrices du desman (Richard, 1985) que sexuelles (Peyre, 1961) montrent une similitude des courbes établies avec celles du débit d’un cours d’eau caractéristique des Pyrénées Centrales. Il est certes prématuré de conclure à une étroite adaptation du desman à la vie dans des cours d’eau présentant des caractéristiques hydrologiques particulières; toutefois, cette hypothèse doit être examinée très attentivement et faire l’objet de recherches complémentaires.
 

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