Découvrir le desman des Pyrénées

Curieux petit mammifère semi aquatique

 




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Ecologie


 

 

... torrents, lacs, marécages, rivières souterraines  ... surtout en montagne dans les Pyrénées et le quart nord-ouest de la Péninsule Ibérique.

 

Habitats


L’habitat caractéristique du desman est composé des cours d’eau oligotrophes de basse, moyenne et haute altitude et il a été associé à la zone de la truite. Comme nous le verrons ci-dessous dans l’analyse de l’aire de répartition française, celle-ci peut être caractérisée essentiellement par des facteurs hydrologiques.
Les cours d’eau artificiels, canaux, biefs de moulins et lacs naturels ou artificiels sont également peuplés.
La nature du paysage environnant ne semble jouer un rôle fondamental et les cours d’eau peuplés sont aussi bien situés en zones forestières que déboisées. Richard (1986) suggère que l’aire de répartition du desman coïncide avec les zones boisées de feuillus. Pourtant, la forêt pyrénéenne "d’origine" il y a ± 5000 ans  était la sapinière ! Néanmoins on ne peut pas exclure une incidence des peuplements artificiels de conifères comme ceux d'épicéas sur la qualité des eaux des cours d'eau.
Il est très probable que l’existence ou l’absence et la nature du couvert forestier jouent un rôle déterminant dans les densités d’animaux; en effet, les peuplements d’invertébrés benthiques ont des structures et des productivités qui sont directement influencées par la couverture végétale des bassins versants, mais également par le pH de l’eau.
Des observations montrent également que le desman peut occuper des ruisseaux temporaires; ainsi un animal a été observé en plein jour se nourrissant dans les quelques flaques d’eau subsistant dans le lit d’un ruisseau en automne (Ariège).
La présence dans les lacs d’altitude a été notée à de très nombreuses reprises tout au long de la chaîne.
Un cas particulier mérite d’être retenu. Il s’agit des lacs d’Ayous en haute vallée d’Ossau. Cet ensemble d’une dizaine de lacs présente la particularité de n’être pas relié au réseau hydrographique aval par des déversoirs épigés, mais souterrains. La présence du desman sur ces lacs est particulièrement bien documentée du fait de la très forte fréquentation humaine (gardes moniteurs, naturalistes, touristes, etc.) de ce secteur du Parc National des Pyrénées Occidentales.
L’existence de ces populations mériterait à bien des points de vue d’être étudiée en détail. En effet, les lacs sont profondément gelés pendant près de six mois par an et il serait très intéressant de connaître la biologie et l’écologie de ces animaux.
La présence du desman dans les rivières souterraines a été signalée pour la première fois par Combes et Salvayre (1964) dans les Pyrénées-Orientales. Pour ma part, j'ai noté sa présence dans la rivière souterraine d’Aliou (Cazavet, Ariège) ainsi que dans les entrées de plusieurs petites rivières souterraines d’Ariège notamment et de Haute-Garonne.

... pas facile avec ce courant ... et en plus l'asticot est interdit à cause de ces foutus pêcheurs !

Régime alimentaire


Jusqu’aux début des années quatre vingt, on ne connaissait que très peu de chose sur le régime alimentaire du desman et quelques idées reçues ont fait beaucoup de dégâts dans ou à proximité des piscicultures notamment. Les quelques données disponibles provenaient soit de l’observation de contenus stomacaux, soit d’observations réalisées en captivité. Les données provenant des contenus stomacaux montrent que ce sont les invertébrés benthiques qui constituent la base de son régime alimentaire; celles provenant de l’observation d’animaux captifs tendent à montrer que le desman peut se nourrir de n’importe quoi (y compris des yeux de pigeons ! Niethammer, 1971). La quantité de nourriture ingérée quotidiennement varie du tiers à plus de la moitié de son poids (soit de 20 à 30g).
Récemment, plusieurs études ont été réalisées en Espagne et en France soit par analyse de contenus stomacaux (Santamarina et Guitan, 1988) soit par analyse de fèces (Bertrand, 1987, 1988, 1992 et inédit, Bertrand et Clergue, 1992). Ces études ont été menées en Ariège (bassin du Salat en amont de Saint-Girons), en vallée d’Ossau et au Pays Basque (Rio, Iraty et Olhadoko).
L’analyse qualitative (fréquence d’occurrence) et semi-quantitative (évaluation du volume occupé par chaque proie dans les fèces) de plus de 1500 fèces provenant de ces cours d’eau montre que le régime alimentaire se compose exclusivement de larves d’invertébrés benthiques et trois ordres, les Ephéméroptères, les Plécoptères et les Trichoptères dominent qualitativement. Deux familles de Trichoptères, les Rhyacophilidae et les Hydropsychidae constituent, quantitativement, la base du régime alimentaire.

 

La sélection des proies par le desman s’effectue selon plusieurs critères:

  • proies appartenant à des groupes d’invertébrés benthiques et rhéophiles, ces proies sont également très sensibles à la pollution et/ou aux perturbations qui affectent le débit des cours d’eau;

  • proies à valeur énergétique intrinsèque élevée: les Trichoptères, les espèces ne construisant pas de fourreaux étant largement dominantes;

  • proies de taille moyenne à grande et peu sclérifiées.

Tous ces éléments de la sélection des proies correspondent à priori à une acquisition maximale d’énergie. Toutefois, les proies dominantes sont rares dans le milieu étudié et leur capture nécessite une sélection très active.
On notera que les poissons n’ont jamais été rencontrés dans les fèces analysées que ce soit dans le présent travail ou bien pour les autres échantillons analysés. Nous avons également analysé le contenu de 126 fèces provenant de ruisseaux pépinières d’Ariège (inédit) sans y rencontrer de poissons. Toutefois, la capture de truitelles notamment a été observée à plusieurs reprises (P. Cadiran, com. pers.) En tout état de cause, la consommation de poissons reste un phénomène anecdotique en milieu naturel. Il n’en est peut-être pas de même dans les piscicultures; toutefois, il conviendrait d’étudier en détail ce point. La consommation de cadavres a également été évoquée. Durant l’hiver 1989-1990, de très nombreuses observations (plusieurs dizaines d’heures) ont été réalisées par P. Cadiran (com. pers.) sur le Salat à Soueix (Ariège); au cours de cette période, les cadavres de truites présents dans la rivière (mortalité due au frai?) sur une zone intensément exploitée par un ou plusieurs desmans n’ont jamais fait l’objet de tentative de consommation.
Cette spécialisation trophique extrême est, dans une certaine mesure, en contradiction avec les observations réalisées par plusieurs auteurs, mais il convient de rappeler qu’elles reposent essentiellement sur des observations d’animaux captifs. Par contre, elle est confortée par les données de Santamarina et Guitan (1988) et nos données (Bertrand, 1987, 1988, 1992 et Bertrand et Clergue, 1992).
La méthodologie employée pour l’étude du régime alimentaire qui repose sur l’analyse du contenu des fèces pourrait ici intervenir. Toutefois, son principal inconvénient est le risque de surestimation de l’importance des proies très sclérifiées qui, dans le cas du desman, sont peu consommées. En fait, leur importance réelle dans la composition du régime alimentaire est probablement plus importante encore.

 

 

Biologie de la reproduction


L’essentiel des données sur la reproduction de l'espèce provient des recherches de Peyre (1956 et 1961). Celui-ci a capturé et disséqué de très nombreux animaux.
Des femelles gestantes ont été notées tous les mois de l’année; le maximum se situe au cours des mois de février, mars et mai; une analyse hebdomadaire des fréquences moyennes de femelles gestantes de février à juin montre trois pics séparés chacun par environ 5 semaines (voir le graphique ci-dessous).
Mais en l’absence d’observations précises sur la reproduction, rien ne permet de conclure à l’existence de trois portées par an et par femelle; toutefois plusieurs éléments plaident en faveur d’une multiparité: il s’agit d’une part de l’existence de l’observation de femelles ayant mis bas et qui présentent un nouvel oetrus et d’autre part l’existence de femelles allaitantes portant des embryons. Le nombre de foetus varie de 1 à 5 (m = 3,56 ± 0,786, N = 53).
Les mises bas ont probablement lieu dans les gîtes comme celui décrit par Stone (1987) : une cavité de 15 cm de diamètre remplie de brindilles, feuilles et herbe. Lles gîtes sont situés dans les berges, entre des racines, des blocs de pierres ou dans les murs. Richard relate l’observation d’un riverain ayant observé un adulte suivi de ses jeunes.

 

Densités


On ne dispose que de très peu d’éléments sur l’importance des populations de desmans et en particulier sur les densités. Les quelques informations disponibles proviennent d’Espagne où Nores (1992) donne de 2,8 ± 0,2 à 7,3 ± 5,5 individus par km de cours d'eau.
Les populations de desman se composent très probablement d'individus résidents  et territoriaux (mâles et femelles adultes) et d'individus erratiques. Les mâles et femelles résidents vivent sur un même secteur, mais utilisent des gîtes différents. Les femelles occupent un domaine vital plus petit en moyenne que les mâles (respectivement  ± 300 m et  ±  430 m ; Stone, 1987). l'activité du mâle semble se concentrer en limite de territoire, celle de la femelle dans la région centrale.

 

Démographie


Pratiquement aucun des paramètres démographiques propre à l'espèce n'est connu et les quelques informations disponibles restent anecdotiques.
La longévité en nature n’est pas connue; Richard (1976a), à partir de l’examen de la dentition de 87 animaux estime qu’elle dépasse 3 ans, en postulant que chaque stade d'usure dentaire correspond à une année, ce qui n'a jamais été vérifié !
L'espérance de vie, tout comme les taux de survie des jeunes et des adultes sont inconnus.
Pourtant, dans le context actuel de regréssion de l'espèce, l'acquisition de données sur cet aspect de l'écologie de l'espèce apparaît fondamental pour pouvoir espérer développer des stratégies de conservation efficaces.

 

Causes de Mortalité

 

Prédateurs


Les prédateurs du desman sont encore peu connus. Les études du régime alimentaire de la loutre dans le Nord-Ouest de l’Espagne ont montré que le desman entre pour une part non négligeable dans son alimentation (Callejo et al., 1979, Callejo, 1984, Adrian et al., 1988). Ceux-ci ont montré que le desman représente en Gallice, par exemple, 5,2% des proies et 6,1% de la biomasse consommée par la loutre.
Les autres prédateurs connus sont le Brochet Esox lucius (Pena et al., 1987), le Vison d’Amérique Mustela vison (Poduchka et Richard, 1985) (on notera que Nores (1992b) infirme les données de ces deux auteurs), l’Hermine Mustela erminea (M. Lecomte, com. pers.), le chat domestique (L. Guerby, com. pers. et A. Bertrand, inédit), la Buse variable Buteo buteo (Bustamante, 1985), la Cigogne blanche Ciconia ciconia (Hernandez, 1988), le Héron cendré Ardea cinerea (Gonzales et Roman, 1988), la Chouette hulotte Strix aluco, le Héron bihoreau Nycticorax nycticorax (Nores, 1992) et la Chouette effraie Tyto alba; pour cette dernière espèce, le nombre de proies connues pour l’ensemble de l’aire de répartition du desman est de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers et l’on ne trouve qu’une seule mention de prédation d’un desman (Purroy et al., 1988).

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© Alain BERTRAND  2006 abela11@wanadoo.fr